Jeudi, 12 Février
 
Homélie du 1er novembre. Fête de la Toussaint. Bertrand Caux, diacre
 
« Voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues » avons-nous entendu dans la première lecture extraite de l’Apocalypse de Saint Jean.
C’est ce que Jean perçoit dans une vision, certes très imagée et pleine de symboles comme l’est toute l’Apocalypse, mais qui est porteuse d’une vérité profonde concernant la destinée de notre humanité.
Cette foule immense, qui vient s’ajouter au nombre très symbolique des 144 000 marqués du sceau et issus des tribus des fils d’Israël, représente l’humanité entière sauvée par le sang du Christ.
En effet, dans cette vision, les gens qui constituent cette foule immense sont tous vêtus de robes blanchies par le sang de l’agneau. Et c’est à ce titre qu’ils sont dignes de se présenter debout, donc ressuscités, devant le Trône Divin et celui de l’Agneau.
N'y a-t-il pas là une bonne nouvelle à entendre en ce jour où l’Eglise fête Tous les Saints, c’est à dire, ceux qu’elle a reconnus et canonisés, mais aussi tous ceux qui dans l’ombre et l’anonymat ont laissé l’Amour pénétrer leur vie et se sont ouverts à la grâce.
La bonne nouvelle, c’est que nous sommes tous sauvés gratuitement, donc par grâce, dans la mort et la résurrection du Christ. A chacun de nous de répondre librement à ce don inouï que Dieu nous fait.
Pour nous chrétiens, qui avons été baptisés dans la mort et la résurrection du Christ, nous sommes appelés à revêtir le Christ et ainsi à être unis à sa personne. Or l’union à la personne du Christ est ce qui définit la sainteté dans le catéchisme de l’église catholique. Ainsi, par notre baptême, sommes-nous tous appelés à la sainteté.
Celle-ci ne doit pas être vue comme quelque chose d’inaccessible, voire d’exceptionnelle en ce sens qu’elle découlerait de nos propres forces et donc de notre mérite et de notre performance ! Elle serait alors réservée à une élite.
En fait la sainteté est le fruit de la grâce, c’est-à-dire du don gratuit que Dieu nous a fait dans la personne de Jésus et qu’il veut nous faire en nous associant à l’œuvre de son fils. Notre seule participation, c’est d’accueillir pleinement cette grâce !
Comme le dit très bien Anne-Marie Pelletier, une théologienne actuelle, dans son dernier livre intitulé : « Vivre au risque de l’autre », la sainteté « est accessible à toutes et tous, dans la mesure où elle n’est pas mesurée par la justice à laquelle l’homme prétend, mais qu’elle est l’œuvre puissante de Dieu dans un cœur assez vidé de prétention pour l’accueillir ».
Oui, « Un cœur assez vidé de prétention pour accueillir Dieu ».
N’est-ce pas ce à quoi nous invite Jésus dans le passage d’évangile de Matthieu entendu. Je fais ici référence à cette première béatitude qui se trouve être la clé d’entrée de toutes les autres : « Heureux les pauvres de cœur car le royaume des cieux est à eux ».
Oui, c’est bien dans l’attitude du pauvre, c’est à dire dans l’attitude humble de celui qui a besoin de salut et de guérison que nous pouvons accueillir Dieu et sa grâce.
Une grâce qui peut nous transformer et nous conduire sur ce chemin de bonheur que révèle les autres béatitudes.
« Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ». Le bonheur d’être consolés si nous pleurons et d’expérimenter la joie de contribuer à consoler ceux qui connaissent l’épreuve et qui sont dans la peine. Car au final, c’est toujours Dieu qui console, mais nous pouvons être ses artisans.
« Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage ». Le bonheur, de se laisser envahir par la douceur de Dieu, et le bonheur de la répandre à notre tour dans ce monde soumis à tant de violences.
« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés ». Le bonheur de ne pas rester indifférents aux multiples formes d’injustice autour de nous et de connaitre la force de les combattre dans l’Amour.
« Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ». Le bonheur de reconnaitre la miséricorde de Dieu à notre égard et en retour de faire preuve de miséricorde envers nos frères.
« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ». Le bonheur d’un cœur d’enfant qui ne juge pas et fait confiance en l’autre. Le bonheur d’un cœur pur qui s’ouvre à la grâce et fait confiance en Dieu en toute circonstance.
« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu ». Le bonheur d’être habité par la Paix de Dieu et d’œuvrer pour celle-ci en privilégiant toujours l’écoute et le dialogue.
« Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux ». Le bonheur de résister à l’esprit de vengeance lorsque nous subissons l’injustice et aussi d’être aux côtés de ceux qui la subissent.
« Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi ». Le bonheur d’être libre, à l’image du Christ, et de ne pas craindre les critiques si nous sommes unis à lui.  
Au final, ces béatitudes sont un guide idéal pour avancer sur un chemin de sainteté. Jésus les a toutes vécues et elles nous disent clairement qui il est.
C’est ce même chemin qu’ont suivi les saints qui nous ont précédés et que nous fêtons aujourd’hui.  C’est le même chemin sur lequel nous sommes invités à marcher chaque jour.
Que cette eucharistie soit pour nous l’occasion d’une action de grâce pour le témoignage de vie si riche et si varié des saints qui nous ont précédés. Qu’ils nous accompagnent sur notre chemin personnel de sainteté. Amen.