En écoutant les textes qui sont proposés à notre méditation aujourd’hui, nous pourrions être tentés d’en rester à une grande leçon de morale. Mais ces textes, comme tous les textes que nous écoutons chaque dimanche, sont porteurs d’une bonne nouvelle que nous sommes invités à découvrir. C’est d’ailleurs cela la clé de lecture de toute Parole de Dieu : trouver la bonne nouvelle qui est annoncée !
Alors qu’elle peut être ici la bonne nouvelle à découvrir ?
Le passage de l’Evangile de Marc que nous avons entendu se situe après que Jésus ait choisi ses 12 apôtres et qu’il les ait envoyés en mission avec, comme pouvoir, d’expulser les démons. La tentation est alors grande pour eux de s’en attribuer l’exclusivité.
Mais voilà qu’ils sont confrontés à la vision d’un homme qui ne fait pas partie de leur groupe et qui expulse lui aussi les démons au nom de Jésus. Leur réaction première est d’empêcher cet homme d’agir puisqu’il ne fait pas partie de ceux qui suivent Jésus et ont reçu un pouvoir directement de lui. C’est ce que l’apôtre Jean rapporte à Jésus.
La réponse de Jésus ne se fait pas attendre : « Ne l’en empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ». Puis d’ajouter : « celui qui n’est pas contre nous est pour nous ».
Ainsi nous voyons que le regard de Jésus n’est pas celui des apôtres. Ces derniers pensent être détenteurs d’une vérité et d’un pouvoir unique que Dieu leur aurait confié par Jésus.
Mais Jésus y voit au contraire la grandeur de Dieu qui se donne à qui il veut et ne limite nullement son action à un groupe restreint de personnes. Ce qui compte pour Jésus, comme pour Dieu, c’est que le royaume de Dieu grandisse. Que la Vie, la Paix et l’Amour l’emportent et se propagent partout où cela est possible.
Pour Jésus, le simple fait qu’un homme donne un verre d’eau, par amour pour un de ses frères, suffit pour louer son action. Cette attitude de Jésus que nous rapporte St Marc nous invitent donc à ouvrir toujours plus notre cœur, et à élargir notre regard sur les autres. Ainsi sommes-nous invités à avoir un regard pacifié sur nos frères, un regard plein d’espérance et de confiance en un Dieu qui ne cesse d’agir et d’envoyer son Esprit.
Les paroles sévères de Jésus qui suivent, à savoir qu’il vaut mieux couper un de ses membres s’il est une occasion de chute, ne doivent, bien sûr, pas être prise à la lettre. Il s’agit d’images fortes et percutantes qui nous montrent que l’on ne peut pas pactiser avec le mal car il conduit à la mort.
Et le combat à mener n’est pas contre l’autre mais contre moi-même pour que je me convertisse. Pour cela, il nous faut accueillir tout ce qui est porteur de vie. C’est cette dynamique-là d’accueil et d’ouverture qui nous éloigne du mal et de la mort.
La difficulté d’accueil et d’ouverture qu’ont manifesté les apôtres était également bien présente du temps de Moïse. C’est ce qui nous est raconté dans le passage du livre des nombres que nous avons entendu et qui est à lire en résonnance avec l’Evangile. Ce passage se situe à un moment où Moïse n’en peut plus de conduire seul le peuple dans sa traversée du désert en direction de la terre promise. En effet, Moïse est confronté à de multiples récriminations du peuple. Il demande alors à Dieu de partager son pouvoir avec d’autres et pour cela, Moïse se choisit 70 collaborateurs.
Il se trouve que seulement 68 sont présents sous la tente de la rencontre du Seigneur au moment où la nuée descend pour répandre l’Esprit de Dieu. Les deux manquants, Eldad et Médad sont restés dans le camp pour des raisons que l’on ignore et n’ont donc pas reçu l’Esprit.
Mais les voilà qui prophétisent aussi. Josué, un proche de Moïse puisqu’il est son auxiliaire s’en étonne et récrimine auprès de lui pour qu’il les arrête. En réponse, Moïse réagit comme Jésus et il dit une parole magnifique empreinte d’humilité et de joie de voir Dieu agir chez d’autres : « Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes. »
Si l’Evangile et la première lecture nous invitent à une plus grande ouverture d’esprit et à l’accueil de tout ce qui contribue au bien, l’épître de St Jacques nous invite à un regard renouvelé sur les richesses. Celles-ci sont un bien qui est pour tous.
Ce qui est condamnable, c’est l’usage qui en est fait ou la façon dont elles sont obtenues si cela passe par l’exploitation de nos frères. Au final, la bonne nouvelle de ce dimanche pourrait être celle d’une invitation à développer un regard pacifié sur notre monde et nous réjouir de tout ce qui se fait de bien. Alors, nous pourrons rendre grâce à Dieu et puiser dans cette eucharistie la force de continuer à vivre de l’Evangile pour l’annoncer à nos frères. Amen.