Jeudi, 12 Février

HOMELIE DU DIMANCHE 19 FEVRIER 2023

7ème dimanche du temps ordinaire. Année A.

Mat (5, 38-48)

Je voudrais m’arrêter quelques instants avec vous sur ces paroles de Jésus que nous venons d’entendre et que nous avons souvent bien du mal à accueillir comme une bonne nouvelle, tellement elles écorchent nos oreilles. Je vous les fais réentendre.

« Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! Moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent. »

Il y a là sans nul doute un véritable renversement de situation pour ceux qui écoutent Jésus. Et pour nous aussi, je pense, tant il est difficile d’accéder, sans réserve, à ce sommet de la Foi chrétienne.

Nous sommes le dernier dimanche avant d’entrer dans le temps du carême qui est à vivre comme un temps de conversion, c’est-à-dire un temps pour laisser le Christ se rapprocher de nous.

Ces paroles de Jésus sont donc à garder comme un sommet à ne jamais perdre de vue sur ce chemin de conversion.

« Aimer son ennemi » touche à des blessures qui peuvent être profondes, et nous savons tous, pour en avoir fait l’expérience, ou pour en avoir été témoins, qu’avancer sur un chemin de pardon et d’amour envers celui qui fait tant souffrir est impossible à vue humaine. 

Aimer son ennemi lorsqu’il est réellement coupable, ne veut pas dire qu’il faille abdiquer devant lui et faire preuve de faiblesse. Cela ne veut pas dire non plus qu’il faille s’incliner devant le mal, pactiser avec lui. Le mal et la souffrance sont toujours à combattre.  Dénoncer l’action mauvaise est nécessaire, mais toujours en refusant d’anéantir l’autre, en refusant de le supprimer.

Jésus nous invite aujourd’hui avec force, à changer notre regard et à ne pas limiter l’homme à son action. Jésus connait l’amour de son Père pour tous les hommes, il sait que celui-ci ne veut qu’aucun ne soit perdu, car en tout homme existe une part d’humanité, aussi petite soit-elle, qui est la trace de cette présence de Dieu qui est à sauver.

Quand Il prononce cette parole, Jésus a d’abord le souci de celui qui souffre et il veut anéantir sa souffrance.

Il sait combien cette parole peut être difficile à mettre en acte, voire impossible, mais il s’en remet totalement à son Père et il sait qu’avec lui l’impossible peut devenir possible.

Ainsi, pour Jésus, aimer ses ennemis, c’est laisser advenir Dieu, qui est Père, au cœur de notre vie, et c’est croire qu’il est le maitre de l’impossible parce qu’il est Amour. C’est donc lui faire confiance, c’est lui laisser l’opportunité d’agir en nos ennemis par son Esprit et bien sûr avant tout, en nous-mêmes, pour que la souffrance qui nous habite s’apaise et laisse la place à une  paix qui va jusqu’au pardon, bien ultime auquel nous aspirons.

Combattre le mal, dénoncer l’action mauvaise, rechercher la justice : oui, bien sûr, il faut le faire…. Mais regarder l’autre comme Dieu le regarde, apprendre à l’aimer comme il l’aime, il faut aussi le faire. Et dans sa pédagogie, Jésus nous donne une clef essentielle : le pardon !

Nous voyons ainsi qu’aimer ses ennemis n’est pas une consigne morale, susceptible de générer en nous un esprit de culpabilité si nous ne pouvons pas la mettre en œuvre. Il s’agit d’une Parole de vie pour nous et pour nos frères.

Il y a là un chemin de sainteté, non au sens de la performance, mais du témoignage de la présence et de l’action de Dieu en nous, auquel nous sommes tous appelés par notre baptême.

Dans la première lecture extraite du livre des Lévites, nous avons entendu le Seigneur dire à Moïse :                                

« Parle à toute l’assemblée des fils d’Israël : Soyez saints, car moi le Seigneur votre Dieu, je suis Saint. »

Oui, c’est bien à la sainteté que nous sommes appelés par notre baptême, une sainteté qui nous pousse à aimer comme Dieu Aime !

Dans la deuxième lecture, extraite de la première lettre de Saint Paul apôtre aux Corinthiens, nous avons entendu Paul nous dire que nous sommes « un sanctuaire de Dieu » et que « le sanctuaire de Dieu est saint ».

C’est par cette présence de Dieu en nous que nous pouvons atteindre cette perfection de l’amour qui rend capable d’aimer ses ennemis.

Aimez ses ennemis, c’est aussi entrer dans la miséricorde de Dieu que souligne si bien le psaume entendu : « Il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses ».

Car souvent et heureusement, derrière un ennemi se cache une personne en manque d’amour. Et donc une personne à aimer qui nous appelle à la conversion.

Par son incarnation, Jésus a posé les bases d’un nouveau « Vivre ensemble » qui est celui de la fraternité.

Et cette fraternité va jusqu’à l’amour des ennemis. Jésus lui-même n’a pas hésité à donner sa vie pour nous TOUS, sans distinction. Par ce don de lui-même, il nous fait renaitre à la vraie vie, une vie où nous sommes invités à nous engager à sa suite …

Certes, des situations extrêmes existent, où le mal est tellement puissant et notre blessure si profonde que nous ne sommes pas en mesure de pardonner, mais seulement de déposer notre souffrance au pieds du Seigneur dans la prière. Et c’est déjà beaucoup !... Quand nous faisons notre possible, Dien est capable de l’impossible !

Mais il y a aussi de nombreuses situations, moins graves, où un dialogue et une réconciliation sont possibles, même si elles demandent du temps. Sachons encourager cela, c’est aussi notre responsabilité de baptisés, car ce sont des moments de grâce, source de grande paix et de joie retrouvées.

Puisse cette eucharistie nous faire entrer dans cette dynamique, avancer selon le projet de Dieu et rendre ce monde plus humain et plus beau.