Jeudi, 12 Février
 
Homélie du 21 septembre. 25ème dimanche du Temps ordinaire. Frère Arnaud Blunat,op
Reconnaissons-le, l’argent est omniprésent dans notre vie, dans nos pensées et nos conversations.
On conçoit un enfant si on a suffisamment de moyens financiers et en calculant les aides qu’on pourra recevoir.
La rentrée des classes est d’abord évaluée en termes de budget.
La réussite des études est suspendue à l’obtention d’une bourse.
Le choix du métier se fait pour beaucoup en fonction du salaire.
Quant au mariage il ne sera envisagé qu’en fonction des moyens matériels pour organiser une fête inoubliable.
Le monde a toujours fonctionné avec l’argent mais le monde est devenu fou. Il est désormais coupé en deux entre des populations de gens extrêmement riches et des gens extrêmement pauvres. Au milieu se trouve bon nombre d’entre nous qui s’efforcent de vivre avec les moyens du moment, en faisant attention aux dépenses, mais aussi avec un souci de confort légitime.
Notre foi chrétienne nous invite à vivre dans le réel, mais aussi à nous maintenir dans un juste équilibre.
Cependant, ne servons-nous pas autant Dieu que l’argent ?
A moins que nous nous servions autant de l’un que de l’autre… Servir ou se servir, ce n’est pas la même chose. On peut se servir de l’argent sans être à son service. C’est donc ramener l’argent à n’être qu’un moyen et non pas une fin en soi. Ma vie n’est pas centrée sur l’argent et je fais ce que je peux pour ne pas me laisser asservir par ces préoccupations matérielles.
L’argent peut en effet servir nos intérêts personnels, voire égoïstes.
Il peut aussi servir à développer des actions au profit des autres. L’argent doit toujours être un moyen second par rapport aux seuls échanges dans lesquels on doit s’investir : la rencontre avec les autres, avec tous les hommes, parce qu’ils sont nos frères, parce que tous ont en eux des richesses que l’argent occulte et pollue.
C’est pour cela que même un escroc, et qui plus est un faussaire, peut servir de parabole à Jésus lorsqu’il parle du rapport entre Dieu et l’argent.
Voici donc un homme qui est un piètre gestionnaire, un homme malhonnête mais néanmoins astucieux. Jésus ne loue pas sa malhonnêteté, il ne justifie pas sa gestion calamiteuse et frauduleuse mais il remarque son habileté à se tirer d’une affaire délicate, il note son raisonnement, qui peut nous sembler surprenant mais qui pour autant est juste.
Ce mauvais gérant cherche en effet à sauver sa vie. Il sait qu’il va être licencié mais ne veut pas finir dans la déchéance sociale, tomber dans l’oubli. Il veut trouver des gens pour l’accueillir, garder des relations pour pouvoir rebondir. Même s’il ne sert pas les intérêts de son patron, en favorisant ses intermédiaires, même s’il ne fait pas ce qu’il faut pour sauver l’entreprise, il voit plus d’intérêt à préparer son avenir en garantissant quelques sûrs appuis.
Jésus opère une transposition par rapport à la perspective du Royaume des cieux. En effet, lorsque nous passerons le seuil de la mort, nous-mêmes aussi, au terme d’une gestion de notre vie  peut-être un peu hasardeuse, n’aurons-nous pas besoin de quelques soutiens pour parvenir au bonheur du ciel ?
« Faites-vous des amis avec l’argent trompeur, l’argent malhonnête,  pour qu’ils vous accueillent dans les demeures de la vie éternelle ».
Mais qui sont ces « amis » qui nous précéderont et nous accueilleront dans le ciel ? Des gens malhonnêtes comme nous qui auront manié l’argent et fait de bons placements ?
Non, ce ne seront pas des gens riches mais ce seront des pauvres, des pauvres comme nous, mais aussi ceux qui n’ont rien à nous donner, ceux qui attendent que nous leur donnions ce que nous avons en nous, ce que trop souvent nous gardons pour nous. Car nous avons tous quelque chose à donner, nous sommes tous riches de quelque chose.
Ces « amis », ce sont ceux avec qui nous partagerons, pas ceux à qui nous donnons des miettes, mais à qui nous donnons de nous-mêmes.
Alors agissons ainsi, dans des œuvres de partage, de service, en accueillant nos frères sans condition, sans jugement mais avec une vraie bonté et une générosité sincère.
Qu’en toute chose, l’argent ne prenne jamais la place de nos frères.
Qu’il ne soit jamais un instrument pour exister aux yeux des autres, pour servir notre propre intérêt.
Que tout ce que nous faisons soit orienté vers le Royaume à venir.
Ce Royaume des cieux, nous le préparons jour après jour, en faisant monter vers le Seigneur nos prières, comme nous le rappelle la lettre à Timothée.
Ainsi nous affirmons que tout vient de Dieu, nous recevons tout de lui.
C’est à lui que nous devons tout remettre.
C’est vraiment notre seule vraie richesse, notre vrai bonheur !